LE COMMERCE EXTERIEUR DU LIVRE EN 2025
Statistiques douanières
En synthèse
Le chiffre d’affaires des exportations de livres français en 2025 enregistre une reprise vigoureuse de 5,7 % par rapport à 2024, s’établissant à 733,6 millions d’euros (M€)
Cette performance est d'autant plus notable qu'elle permet de franchir à nouveau le seuil symbolique des 700 M€, dépassant le précédent sommet de 2023 (702,7 M€) après le fléchissement observé en 2024.
Sur le long terme, l’année 2025 confirme une réelle croissance en valeur : par rapport à 2015, où les exportations s'élevaient à 680 M€, le secteur progresse de 7,9 %. Pour autant, en €uros constants, la baisse est de près de 10% (forte inflation post-covid).
Pour autant, on peut y voir la capacité de l'édition française à maintenir sa présence à l’international,malgré une conjoncture mondiale très défavorable : guerres et tensions géopolitiques, touchant particulièrement des territoires francophones (Liban,Algérie, Haiti..), baisse générale du temps de lecture, concurrence accrue des supports numériques…
Cette hausse de l’export de 5,7% s’avère significative pour un secteur dit mature.
L’évolution est même de sens inverse de celle observée pour le CA net total de l’édition française à 2.751,9 M€, soit -0,4% par rapport à 2024.
La part du CA export par rapport au chiffre d’affaires de l’édition française [1], gagne ainsi 1,2 point en se hissant de 18,8% en 2024 à 20,0% en 2025
L’analyse par catégorie de produits révèle que le segment "Livres"reste le pilier majeur de l’activité avec 678,3 M€ , soit 92,5 % du total et une hausse de 6,4% par rapport à 2024. Les autres catégories sont peu significatives, à l’exception des feuillets :34,7 M€ (4,7% du total) avec une baisse de 7,5%.
Rappelons enfin, que les statistiques douanières sont de plus en plus difficiles à exploiter :
Les chiffres 2025 publiés ici, comme ceux de 2024, prennent en compte des retraitements très importants, opérés en fonction des réponses à nos questions obtenues de la part des Douanes françaises et aussi sur la base des chiffres collectés par la Centrale de l’Edition (activités Assurance-crédit et Transport).
Les 2 principales sources d’erreur recensées dans les statistiques douanières sont les suivantes :
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transferts opportunistes par Amazon, de leurs stocks de livres français d’un pays européen à l’autre, à la recherche de coûts d’exploitation moindres.
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à la suite du Brexit début 2021, utilisation par certains exportateurs britanniques de la France, comme plateforme d’entrée dans l’Union européenne puis d’expédition vers d’autres pays de l’UE.
Ainsi pour 2025, un retraitement à la baisse de l’ordre de 270 M€ au total a été opéré sur les exportations françaises vers la plupart des pays de l’Union européenne.
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Balance commerciale : un déficit en net retrait
Les importations de livres en France s'élèvent à 794,5 M€ en 2025, soit une légère baisse de 4,3 % par rapport aux 829,8 M€ de 2024. Grâce à une croissance des exportations et le petit recul des importations, le déficit commercial présente ainsi une diminution notable à 60,9 M€, contre 135,6 M€ en 2024 (-55%) et 259,8 M€ en 2023.
A noter que le déficit des échanges de livres ne représente que 0,09 % du déficit global du commerce extérieur de la France de 2025, de 69,2 milliards d’€uros.
La Chine demeure le premier fournisseur de la France avec 155 M€ d'importations (+10,4 %) devant l’Italie (108 M€) et l’Espagne (93M€), confirmant le recours massif des éditeurs français aux impressions délocalisées pour des raisons de coûts, pour les ouvrages permettant un temps long d’approvisionnement, un phénomène déjà souligné les années précédentes.
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Évolutions par zones géographiques et marchés
1. La francophonie : le socle de l'exportation
La part de la francophonie dans les exportations totales reste prédominante, représentant 536,7 M€, soit 73,2 % de l’export global.
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Francophonie du Nord : La part des pays francophones du Nord dans les exportations françaises de livres reste stable par rapport à 2024 (64% en 205 et 2024) mais progresse légèrement par rapport à 2015 (62 %). La Belgique réaffirme sa position de premier partenaire mondial avec 210,9 M€, en hausse de 7,4 % par rapport à 2024
La Suisse suit avec 97,7 M€ (+5 %), tandis que le Canada affiche une croissance très dynamique de 13,4 % pour atteindre 81,3 M€.
- Francophonie du Sud :
La part des pays francophones du Sud dans les exportations françaises est aussi en légère hausse cette année (8,9% en 2025 contre 7 ,1% en 2024), sans retrouver son score de
2015 (12 %).Cette zone reste stratégique même si elle est marquée par une forte volatilité (marchés étatiques irréguliers en Afrique subsaharienne)
L'Afrique francophone connaît une année exceptionnelle avec une progression de 39,5 %, totalisant 33,2 M€.Cette envolée est portée de gros appels d'offres scolaires et/ou institutionnels.
Le Niger devient ainsi le 14ème marché mondial pour le livre français avec près de 10,0 M€ et une augmentation spectaculaire.
De même, la Centrafrique bondit à 2,9 M€.Le Maghreb affiche une croissance globale modeste de 3,3 %, pénalisé par une n-ième chute depuis une décennie,
des exports vers l’Algérie à 2,6 M€, soit désormais moins de 10 % de la zone Maghreb.Le Maroc progresse lui, de 11,6 % (19,4 M€), confirmant le réchauffement politique avec la France. Et la Tunisie se redresse également de 29,9 % (4,1 M€).
2. Pays non francophones : diversification et nouveaux relais
Les pays non francophones représentent 26,8 % des exportations en 2025 (201,3 M€),
soit en léger retrait par rapport à leur part de marché en 2024 qui s’élevait à 28,2%.
- Europe (hors zone francophone) : Le Royaume-Uni montre des signes de reprise encourageants avec 23,2 M€ (+11,6 %), après les grosses difficultés générées par le brexit (forte base des expatriés francophones notamment, mises en place de formalités douanières, inconnues jusque-là des opérateurs, renchérissement du prix des livres…).
L'Allemagne et l’Espagne restent stables à 28,3 M€ (+4,0 %) et 26,4 M€ (-1,8%) respectivement.
- Amériques : Le contraste est frappant entre le dynamisme canadien à 81,3 M€ (+13,4%) et le recul des États-Unis, qui chutent de 13,2 % pour s'établir à 14,6 M€. L'Amérique latine
peine également à retrouver son souffle avec un repli global de 19,7 %,
plombé par la chute du Mexique (-33,6 %), malgré la résistance du Brésil (+12,5 %). - Asie et Océanie : Cette zone est un véritable moteur de croissance avec une hausse de 12,2 %. La Chine confirme son potentiel en tant que niche à forte croissance avec 5 M€ d'achats (+ 42,5 % vs 2024), devant le Japon (2,3 M€) et la Corée du Sud (1,6 M€).L'Inde progresse fortement (+62,1 %), mais avec un chiffre d’importation bien moindre : 0,7 M€
- Europe de l'Est : Bien que la zone soit en recul
global de 23,6 %, l'Ouzbékistan se distingue comme un marché
prometteur depuis plusieurs années, avec 0,6 M€ d'achats,
principalement la fourniture de méthodes de Français Langue Étrangère
(FLE).
4. Ventes vers les DROM-COM
Les territoires d'Outre-Mer marquent un léger pas de côté avec un repli de 4 %,s'établissant à 67,7 M€.
La Réunion demeure la première destination avec 29,3 M€ (-1,5 %),
suivie de la Martinique(12,5 M€) et de la Guadeloupe (11,7 M€).
Mayotte se relève des crises successives de ces dernières années et affiche une croissance robuste de 17,6 % à 3,4 M€.
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Perspectives et défis pour 2026
L'exercice 2025 a démontré la résilience et la capacité de rebond de l'édition française à l'international. Mais l’année 2026 commence mal pour l’Export, à l’identique du marché domestique français, avec un recul des 4 premiers mois de l’année de 7,1% vs 2025.
Cependant, la croissance à court et moyens termes pourraient être retrouvées, grâce à la résolution de défis bien identifiés :
- La dépendance aux marchés institutionnels en Afrique : La croissance spectaculaire de pays comme le Niger ou la Centrafrique est fragile car liée à des cycles de commandes scolaires qui ne se renouvellent pas chaque année.
- L'érosion des marchés historiques : La chute continue de l'Algérie, la lente disparition du marché haïtien et le recul des importations des Etats-Unis imposent de trouver de nouveaux relais de croissance.
- La prospection de nouveaux territoires : tous les marchés de niche (tel que l’Ouzbékistan) méritent d’être prospectés, basés sur ce qu’il reste de l’attrait de langue française, mais aussi sur son savoir-faire en matière de haute technologie.
- La concurrence numérique : Le livre physique reste dominant à l'export, mais la pression des supports numériques sur les marchés matures (USA, Royaume-Uni, Allemagne…) nécessite une adaptation constante des catalogues.
En conclusion, si 2025 est une année de satisfaction avec un retour à la croissance, l'équilibre de la balance commerciale reste extrêmement sensible aux fluctuations géopolitiques (crise du transport notamment, liée aux guerres actuelles) et à la capacité des éditeurs et de leurs diffuseurs à diversifier leurs zones d'influence au-delà de la sphère francophone traditionnelle.
Olivier ARISTIDE
La Centrale de l’Edition
le 02/06/2026
[1]
Exprimé en CA net facturé par les distributeurs aux clients, hors cessions de
droits.
