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Avant propos

 

 

Le COMMERCE EXTERIEUR du LIVRE en 2017

Eléments de synthèse

Le CA Export[1] du livre français à 667,1 M€ est stable (+0,2%) par rapport à 2016, faisant suite à un repli de 2,1% l’année précédent.

Cette stabilité de l'export en 2017 est un constat appréciable dans le contexte de l'édition française :

  • Importante réforme scolaire en 2016, pour les classes du primaire et du collège, avec refonte des livres des principales matières (maths, français, histoire-géo) alors que les nouveautés 2017 ont concerné des matières jugées comme moins stratégiques par les enseignants eux-mêmes, et donc générant moins d’achats de manuels.
  • recul de 1,1% des ventes de livres en 2017 en France métropolitaine, d’après le panel « sorties de caisses » Livres Hebdo/I+C (impact notamment des élections présidentielles), cette diminution faisant suite à la stabilité observée en 2016 par rapport à l’année précédente.
  • baisse du CA de l’édition française à 2.654,3 millions d’ €uros, soit -1,9%  par rapport à 2016 (cf infra)

Depuis le pic de 2012 à 712,5 millions d’€uros, le chiffre d’affaires à l’export s’effrite de manière continue; 2017 constitue ainsi, après un léger premier rebond en 2014, un deuxième coup de frein à cette lente mais constante érosion.

Par rapport à la première parution des statistiques Export 2017 publiée par la Centrale de l’Edition pour Livre Paris 2018 en mars dernier, le CA Export a baissé de 669,4 M€ à 667,1 M€, soitun ajustement de - 2,2 M€.Il correspond au reclassement d’exportations vers les pays du Golfe (-1,4 M€) et l’Afrique (- 0,8 M€)qui ne concernaient finalement pas du livre, après enquêtes des Douanes menées à la demande de la Centrale de l’Edition.

La part du CA export par rapport au chiffre d’affaires de l’édition française[2], progresse ainsi de 18,5% en 2016 à 18,8% en 2017.

L’analyse menée à partir de la nomenclature des Douanes, -qui distingue les catégories livres, encyclopédies, feuillets  et cartes-images-atlas-,  confirme la stabilité des catégories livres stricto sensu et encyclopédies (+0,2%), tandis que la forte régression de la catégorie cartes-atlas ( -7% vs 2016 faisant suite à -18% vs l’année précédente) est compensée par une petite reprise (+2,4%) de la catégorie Feuillets (produits imprimés non reliés).

  • Face à cette stabilité des exportations (+0,2%), les importations de livres croissent légèrement (+0,6%), ce qui augmente mécaniquement le déficit, qui atteint 7,2 millions d’€uros en 2017.Il résulte principalement des positions fortes de l’Italie et de l’Espagne pour les impressions d’ouvrages scolaires (réforme primaire et collège) même si en baisse de 6% par rapport à 2016, alors que les importations/fabrications en provenance d’Asie (y compris Inde) confirment leur net recul: -8% à 91,4 M€ faisant suite à -7% l’année précédente.

Le déficit commercial du Livre de 7,2 M€ reste toutefois une goutte d’eau dans le déficit global de la balance commerciale française de 62,3 milliards d’€uros en 2017 (0,012%). En 2015, le Livre enregistrait un excédent commercial de 20,7 M€,alors que le dernier excédent commercial global enregistré par la France remonte à 2003.

Evolutions des principaux marchés à l’export

La stabilité du chiffre d’affaires export (+0,2%) résulte principalement de :

  • la forte progression des exportations vers l’Union Européenne ( +8,8 M€, + 2,9% vs 2016), de la belle expansion sur le long terme des importations marocaines (+1,1M€, +5,7%) et du réconfortant maintien de l’Outre-Mer ( +0,3 M€ , +0,6%), malgré un CA scolaire en repli par rapport à l’an 1 de la mise en place de la réforme scolaire 2016-2017, 
  • face à  l’effondrement des importations algériennes (-5,8 M€, -44%), et au repli des achats de la Suisse (-3,3 M€ -3,3%).

 

Et encore, la forte progression des exportations vers  l’UE n’est elle dûe qu’à l’envolée inexpliquée (de la part des Douanes) des importations de la Pologne ( +5,0 M€ , 55%) et de la Hongrie ( + 1,3 M€ , +222%).

En substituant à ces 2 hausses, pour le moins curieuses, la moyenne des achats de la Pologne et de la Hongrie sur les 3 dernières années, les importations 2017 de l’UE reviennent exactement au niveau de l’année 2016, et l’évolution des exportations globales devient alors négative : -1,3 % par rapport à 2016, se rapprochant ainsi du score des ventes globales de l’édition française en 2018.

 

En détail, les évolutions suivantes participent de l’évolution globale et méritent d’être mises en avant :

  • au global, le total des achats des 3 premiers marchés du livre français à  l’export reste stable à 347,8 M€, avec des évolutions diverses pour chacun des 3 pays :
    • Suisse : - 3,3 M€ (- 3,3%),  recul appuyé du 2ème marché d’exportation du livre français,
    • le 1er  marché, la Belgique, résiste nettement mieux avec -0,6% par rapport à 2016
    • le Canada présente en 2017, la plus belle progression des 3 pays : + 1,4 M€, +2%
  • Union Européenne: + 8,8 M€, +2,9% ; derrière cette belle progression globale, se cachent des évolutions assez disparates, voire incompréhensibles :
    • hausses bienvenues de la plupart des pays européens proches dans l’ordre dégressif des hausses: Allemagne, Espagne, Danemark, Royaume-Uni, Pays-Bas, Luxembourg, Grèce
    •  stabilité du Portugal, de l’Autriche et de l’Italie (- 1,2% vs 2016)
    • variations erratiques des importations de la Pologne ( +5,0 M€ , 55%) et de la Hongrie ( + 1,3 M€ , +222%), cf ci-dessus.

 

  • Maghreb : les importations de cette zone sont en repli, malgré la confirmation de la hausse pérenne des achats du Maroc
    • Algérie : -5,8 M€, -44% ; la réduction des commandes, apparue avec l’universitaire dès le 2ème semestre 2016, s’est lourdement accentuée en 2017 touchant tous les fonds éditoriaux; le gel des fonds publics, mis en place par l’Etat algérien pour tenter de préserver sa balance commerciale -face à la baisse continue du prix du baril de pétrole, principale, sinon unique, ressource de l’Algérie-, a stoppé net les commandes des bibliothèques universitaires, scolaires, et des différentes collectivités territoriales.
    • Tunisie : - 0,3 M€, -5,7% ; toujours en proie à des tensions sociales et des menaces sécuritaires, le commerce du livre dans le pays reste très en-dessous de son niveau naturel et de la soif de sa population pour la lecture et l’auto-formation
    • Maroc : + 1,1 M€, +5,7% ; les achats et importations de livres sont un des signes et des moteurs du fort développement économique du pays sur le long terme : + 73% par rapport au chiffre de 2002.
  • l’Outre-Mer (DROM & COM) présente des achats stables : +0,4 M€, +0,6% par rapport à 2016, ce qui est une belle performance, tant la vente des nouveautés primaire et collège avaient pesé lourd l’année précédente sur des matières jugées prioritaires par les enseignants (français, maths, histoire-géo) pour les changements de manuels, face à des nouveautés 2017  portant sur des matières jugées moins importantes (sciences, langues étrangères) générant moins de renouvellements.

A noter également, le retard d’un an dans la mise en œuvre de cette réforme scolaire en Polynésie française, ce qui a généré une hausse des achats 2017 de 20% vs 2016 et contraste avec la stabilité des autres territoires.

  • Stabilité de l’Afrique francophone subsaharienne : -0,3% par rapport à 2016,  qui dissimule cependant un recul de 16,5% par rapport à la moyenne des exportations des 5 dernières années.
    • Les marchés financés par des bailleurs de fonds internationaux (principalement la Banque Mondiale) expliquent des variations ponctuelles d’une année sur l’autre : marchés en Guinée et au Burkina Faso en 2017, avec des progressions respectives de +2,4 M€ (+223%) et +1,6 M€ (+125%), et marchés au Congo RdC, au  Niger et au Burundi en 2016, expliquant les régressions fortes de -1,6 M€ (-76%) , -1,8M€ (-82%) et -1,5 M€ (-95%) respectivement.
    • La diffusion classique du livre via les grossistes et libraires continue de souffrir avec de forts replis observés depuis plusieurs années en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Gabon, au Bénin et au Togo notamment.
  • Autres principaux pays de la Francophonie :
    • le Liban garde sa place de 11ème marché des exportations de livres français avec des achats de 9,8 M€ parfaitement stables ; belle performance pour ce petit pays aux multiples difficultés, la dernière étant la  crise économique provoquée par l’immigration massive provenant de Syrie
    • l’Egypte garde pareillement une parfaite stabilité (+0,4%), surprenante après la forte dévaluation subie en 2016, de près de 60% par rapport au dollar US et à l’€uro.

Perspectives pour 2018

Le chiffre d’affaires export cumulé au 30/04/2018[3] affiche une baisse de 6% par rapport à la même période de 2017.

Même si traditionnellement les 4 premiers mois de l’année ne sont pas significatifs de l’année en cours (les commandes importantes à l’export n’arrivant qu’à partir de courant mai), il est fortement probable que le recul observé se confirme  au cours des 8 mois suivants :

  • non renouvellement des importantes commandes de scolaire, générées par les parutions primaire et collège de 2016 et 2017 liées à la réforme des programmes ; il faut désormais attendre la réforme des programmes lycées annoncée pour 2019.
  • recul des achats de l’Afrique francophone pour la 3è année consécutive :  manque de ressources des Etats et collectivités publiques,  difficultés financières de nombreux grossistes et libraires.
  • concurrence d’Amazon et autres opérateurs internet, échappant aux procédures douanières à l’import et aux délais correspondants.
  • démarrage attendu de l’impression à la demande sur différentes destinations du périmètre export, 
    -même si la mise en place est plus lente que prévu-, pour certains types de livres et des tirages réduits.
  • part non négligeable des ventes de livres numériques, même si les différentes enquêtes montrent une régression plutôt qu’une hausse.

Toutefois, il reste encore des raisons permettant d’espérer une amélioration de la perspective générale :

  • possible reprise soutenue des importations algériennes, avec la forte remontée récente du prix du baril de pétrole, ressource stratégique de l’Etat algérien
  • reprise des importations de l’Afrique subsaharienne francophone, si les bailleurs de fonds internationaux, peu actifs ces dernières années, reviennent à des interventions appuyées

 

                                                                                                                Olivier ARISTIDE
                                                                                                                La Centrale de l'Edition
                                                                                                                Le 17/05/2017


[1] Périmètre Export pour les douanes : Outre-Mer (DROM & COM) + Etranger

[2] Exprimé en CA net facturé par les distributeurs aux clients, hors cessions de droits.

[3] dont a connaissance la Centrale de l’Edition