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Avant propos

 

 

Le COMMERCE EXTERIEUR du LIVRE en 2016

Eléments de synthèse

  • Le CA Export[1] du livre français à 665,9 M€ est en recul de 2,1% par rapport à 2015, faisant suite à un repli de 1,7 % l’année précédente.
    Ce recul surprend, face à d’autres indicateurs de l’évolution du marché du livre français :
    • stabilité en valeur d’après le panel « sorties de caisses » Livres Hebdo/I+C, après une hausse de 1,8% en 2015 par rapport à l’année précédente.
    • hausse du CA  de l’édition française  de + 4,5%   tiré par les ventes des ouvrages scolaires  (réforme des titres Primaire et Collège), secteur non pris en compte le panel  Livres Hebdo/I+C.

Depuis le pic de 2012 de 712,5 millions d’€uros, le CA total à l’export reste sous la barre des 700 millions d’€uros et présente même une lente mais constante diminution depuis 2014.
La part du chiffre d’affaires à l’export est ainsi ramenée à 18,5% des ventes de livres de l’édition française en CA net facturé par les distributeurs.

L’analyse menée à partir de la nomenclature des Douanes, qui distingue les catégories livres, encyclopédies, feuillets (produits imprimés non reliés) et cartes-images-atlas,  révèle une baisse de la catégorie livres stricto sensu limitée à 1,1%. Le recul de la catégorie cartes-atlas ( -18%) et surtout l’effondrement de la catégorie encyclopédies (-47,5%), qui ne représente plus que 0,6% du CA Export,  expliquent la baisse globale de 2,1%.

  • Après 2 années d’excédents, la balance commerciale du livre affiche un déficit de 6,8 M€.
    Face à l’érosion des positions à l’export, les importations sont en hausse de 2% à 672,6 M€.
    Il s’agit principalement du développement des impressions à l’étranger,- Italie et Espagne notamment pour les ouvrages scolaires de la réforme primaire et collège-, alors que les fabrications en provenance d’Asie sont en net recul: -7% à 99,5 M€.
    Ce déficit commercial de 6,8 millions d’€uros est toutefois à relativiser, car modeste contributeur au déficit global de la balance commerciale française de 48,1 milliards d’€uros (0,014%)

 

Evolutions des principaux marchés à l’export

  • Le recul de -14,1 M€ du chiffre d’affaires export peut s’expliquer par les seuls reculs des achats de la Suisse        ( -15,2 M€, -13% à 101,4 M€)  et du Canada (-1,8 M€ -2,5% à 72,2 M€), respectivement 2ème et 3ème pays clients de l’édition française, alors que les achats de la Belgique affichent une hausse de 4,5 M€ (+2,6%) à 177,2 M€ et retrouvent leur niveau de 2014.
    Les achats du Luxembourg, autre pays francophone limitrophe, sont aussi orientés à la baisse (-3%), mais pour un volume nettement moindre de 7,1 M€ ( -0,3 M€)
    Ainsi, ces 4 pays représentent seulement 53,7% du total 2016, contre près de 55% des exportations du livre français traditionnellement.
  • D’autres reculs majeurs sont aussi à signaler :
    • en Algérie : -5,3 M€, -29% ; les commandes sur budgets publics (principalement ouvrages universitaires et techniques et  ouvrages de formation) ont fortement baissé, du fait de la chute du cours du pétrole, principale ressource de l’Algérie.
    • en Allemagne : -3,1M€ (-12%), le pays reculant ainsi en 2 ans, du rang de 1er à 3ème pays acheteur non francophone, derrière le Royaume-Uni et l’Espagne.
  • En sens inverse, des hausses sont observées pour :
    • la Belgique : +4,5 M€ (+2,4%), bonne reprise du marché.
    • la Pologne : +3,7 M€ (+67%) ; une hausse d’une telle ampleur est nécessairement liée à une  opération exceptionnelle que les Douanes, à notre demande, sont en train de vérifier.
    • les DROM-COM, fortement impactés par la mise en place des nouveaux manuels, Primaire et surtout Collège : + 7,6 M€ (+15%) à 59,4 M€ dont la Réunion représente près de 40% à elle seule.  Ce chiffre élevé devrait être reconduit en 2017 (mise en place des nouveaux manuels répartie sur 2016 et 2017)
    • la zone Asie-Océanie, à l’exception de la Chine :  +2,0M€ (+17,5%). L’ensemble des pays importants de la zone (hors Chine, -39%) ont fortement accentué leurs achats de livres français : Japon, Hong-Kong, Corée du sud, Taiwan et Singapour.
  • Zones francophones et non francophones :
    Sur un marché globalement stable à l’export (-1,3%  entre 2006 et 2016), la part des exportations vers les pays francophones du Sud s’est renforcée significativement, passant de  10,3% à 11,5% (+7,4 M€), alors que la part vers les pays francophones du Nord paraît plutôt stagner (62,2% en 2006, 62,7% en 2016).
    Les exportations vers les pays non francophones ont fortement baissé sur les 10 dernières années, de 27,5% à 25,8%,  en raison principalement, de la baisse de l’attrait du français, des réductions de budgets publics et du développement des achats via internet, plus répandus dans les pays non francophones.

En dehors des évolutions de la Belgique, de la Suisse et du Canada, déjà évoquées, et de la hausse des achats des DROM-COM (+ 14,6%) dynamisées par les nouveaux manuels issus de la réforme des programmes, il convient de signaler :

  • la progression de +10,5% des exportations vers le Liban à 9,8 M€, niveau record des 5 dernières années.
  • le recul du marché égyptien, tout proche, de 2, 4% à 1,6 M€ ;  la tendance devrait s’accentuer en 2017, après la forte dévaluation de la livre égyptienne de près de 60% face au dollar et à l’€uro.
  • le repli des exportations vers le Maghreb (-11,7%), pénalisé par la chute du marché algérien ( -29% ; cf ci-dessus), alors que le marché tunisien est stabilisé depuis 2014 autour de 5,0 M€ et que le Maroc, pays invité du Salon du Livre, repart à la hausse (+3,1%) en réaction au recul de 8,3% observée l’année précédente. Ce pays reste l’un des marchés les plus dynamiques pour l’exportation du livre français ;  sur les 10 dernières années, la hausse est de + 20% en €uros constants
  • ​la baisse des exportations vers l’Afrique francophone subsaharienne de 4%, faisant suite à un effondrement de plus de 28% en 2015 par rapport à 2014, année de facturation d’un marché au Congo RDC de 14,5 M€ sans équivalent en 2015 ni 2016.

La diffusion classique du livre via les grossistes et libraires a souffert avec un fort repli des achats par  les premiers pays d’importation de la zone,  Côte d’Ivoire, Sénégal, Gabon et Cameroun : - 28,2%, -12,3%, -27,6% et – 19,7 % respectivement.

Depuis le changement de régime en 2011, le marché du livre de la Côte d’Ivoire ne repart pas réellement.  Le potentiel de ce pays est pourtant important : les achats de livres français se montaient à 8,1 M€ en 1998, par rapport à 4,4 M€ en 2016, 18 ans plus tard.

Le Gabon, en passant sous de la barre des 2M€ d’importations, atteint un point bas historique, et ce malgré un PNB qui reste nettement plus élevé que celui de ses voisins.

Le Cameroun,  longtemps pays phare pour l’importation de manuels scolaires en appui de son programme d’éducation, continue sa régression ;  l’évolution moyenne annuelle lissée sur 3 ans est de  -17,8%. 

 

Perspectives pour 2017

Le chiffre d’affaires à l’export cumulé au 30/04/2017 affiche une baisse de 1,7% par rapport à la même période de 2016. Toutefois, l’analyse par zones géographiques fait apparaître un retard des commandes plutôt que le début d’un nouveau repli en 2017.

Les facteurs bien connus, de baisse ou de stagnation de l’export des livres français imprimés ne vont certes pas disparaître en 2017 :

  • Repli de l’apprentissage et de la pratique du français comme langue étrangère
  • Ventes directes via Amazon et autres opérateurs internet, non recensées par les douanes, parce que limités à quelques exemplaires directement adressés aux lecteurs
  • Part non négligeable des ventes de livres numériques, même si les différentes enquêtes montrent une régression plutôt qu’une hausse

De plus, l’année 2017 pourrait voir le démarrage significatif de l’impression à la demande à destination, sur différents zones de notre périmètre DROM-COM et Etranger, pour certains types de livres et des tirages réduits.

Mais, à l’inverse, d’autres facteurs laissent espérer un rebond :

  • maintien de la parité favorable de l’€uro par rapport au dollar US et aux principales autres monnaies
  • bonne santé économique de nos principaux pays acheteurs : Belgique, Suisse et Canada
  • reprise attendue des achats de l’Afrique francophone subsaharienne après le repli très marqué des deux dernières années, tant par le circuit de diffusion traditionnel que par les marchés de livres scolaires, financés  par les bailleurs de fonds internationaux.
  • 2ème année en 2017 de mise en place des ouvrages primaire et collège issus de la réforme des programmes, dynamisant les ventes vers les DROM-COM principalement, mais aussi vers des établissements scolaires étrangers suivant les programmes français : Liban, Maroc, Afrique francophone subsaharienne…

 

                                                                                                                Olivier ARISTIDE
                                                                                                                La Centrale de l'Edition
                                                                                                                Le 17/05/2017

 

[1] Périmètre Export pour les douanes : DROM-COM + Etranger